BILL DERAIME : Après demain (2013)


Titles :
01. Il braille (03:35)
02. La pieuvre (04:57)
03. Rien d'nouveau (04:28)
04. Mon obsession (03:43)
05. Je rêve (04:01)
06. Esclaves ou exclus (03:58)
07. Y'en avait marre (04:51)
08. Aprés demain (03:54)
09. Les cactus (02:46)
10. Le vieil homme (04:00)
11. Death Don't Have No Mercy (03:34)
12. Bobo Boogie (03:26)

Revoilà une des figures du blues français et ma foi cela a quelque chose de réconfortant de retrouver un repère qui a décidé de rester fidèle à ses principes et à son vieil associé Mauro Serri aux guitares, malgré les années qui passent et la pression du showbiz. Après, on est d'accord ou pas avec l'engagement sans concession de l'artiste, mais le « vieux » lion est là, il rugit encore et nous offre un album curieusement agencé, marqué de la patte à l'orgue Hammond et aux arrangements de Jean Alain Roussel (Bob Marley, Police...) : après une intro très bluesy, emmenée par un punchy « Il braille » qui tire sur le rhythm'n blues, et poursuivie par « La pieuvre », un slow-blues paresseux qui s'étire le long d'un bottleneck mais aux paroles plombées, au fond du trou sur fond musical ensoleillé, jamais pourtant pourtant dénué de swing et hommage au passage à la musique et à l'humeur qui l'habitent depuis toujours, on assiste à un total changement musical. Enfin à ce qu'il semble d'abord car Bill nous entraîne d'un seul coup dans une suite de reggaes tout à fait digestes, rageurs ou rêveurs, où il peut à la fois cracher son venin (les motifs ne manquent pas!) et surtout faire un peu de place à l'espoir et à l'amour. On ne va pas refaire le bonhomme ! Et puis au milieu de l'album il repasse sans crier gare à des influences blues avec ce qui devrait devenir un de ses fers de lance sur scène : un blues soutenu, presque guilleret musicalement mais désespéré côté paroles, au refrain en forme d'hymne qui devrait permettre au public de participer (« Y'en avait marre »). A partir de là les ambiances plus éthérées et plus carrées alternent avec en particulier une très intéressante et très réussie version, elle aussi assez typée rhythm'n blues, des Cactus de Dutronc (merci Fred Chapellier, son complice sur l'affaire). Encore une future locomotive d'un spectacle sur scène ! A la ballade semi acoustique « Le vieil homme » succède une version très swing bien emmenée par un piano, une guitare acoustique et une rythmique tout en finesse du « Death don't have no mercy » du Révérend Gary Davies qui nous fait passer un autre bon moment. L'album se termine en clin d'oeil par une « autoreprise » malicieuse d'un « Baba boogie » rebaptisé « Bobo boogie », avec la participation tout à fait judicieuse de San Severino sur fond d'accordéon swing. La complicité des compères ne souffre d'aucun doute, et les univers se rejoignent parfaitement sur ce genre d'atmosphère. Là encore un titre qui devrait « donner » sur scène.
Bon, sur ce disque on ne va pas trop chipoter sur la justesse quelquefois relative des vocaux, compensée par l'intensité de l'interprète, sa conviction, sa foi même. Reste un album qui ne comprend que deux titres réellement nouveaux, mais qui se laisse écouter avec beaucoup de plaisir malgré la sombre couleur de certains textes. En ce monde d'artistes factices et surfaits, cela fait du bien de retrouver des gens authentiques comme Bill Deraime et -il y a peu- Christophe Marquilly, dont je vous recommande aussi chaudement son dernier album « Absurde », qui sont encore capables de nous délivrer de telles galettes, pétries d'humanisme, avec des musiques irréprochables, de textes pleins de sens et bien foutus. Bill est en mission (pour le Seigneur?), comme un vrai Frère du Blues, et son côté mystique ne conduit pas à un enfermement, mais à une ouverture et finalement à un album terriblement humain, au delà de son indiscutable qualité.
Y. Philippot-Degand