MOLLY HATCHET AU TRABENDO (PARIS)
21 Décembre 2017

Reportage d’OLIVIER CARLE - Photos de Yann Charles

Molly Hatchet fait partie des groupes qui ont le plus compté dans mon parcours musical et je ne voulais rater ce passage à Paris sous aucun prétexte ! J’ai découvert leur premier album à sa sortie en 1978 et je l’ai usé jusqu’à la corde ainsi que les suivants... J’ai eu le privilège d’assister à leur premier concert à Paris pour l’enregistrement de la légendaire émission de télé Chorus le vendredi 7 septembre 1979 et celui-là je ne l’oublierai jamais… Danny Joe Brown - lead vocals, Dave Hlubek - lead guitars, Duane Roland - lead & rhythm guitars, Steve Holland - lead & rhythm guitars, Banner Thomas - bass guitars, Bruce Crump – drums… ils étaient tous là et à la fin de cet extraordinaire concert, Dave Hlubek est venu présenter à quelques « happy few » dont votre serviteur le visuel du nouvel album à paraître « Flirtin’ With Disaster » ! A partir de ce moment-là j’ai suivi le groupe au plus près et hormis le concert de 1983 à la Mutualité que j’ai raté car j’habitais en Afrique à cette époque, je pense n’avoir manqué aucun de leurs passages en France. J’ai même participé au lancement dans l’hexagone de leur sixièmee album « The Deed Is Done » en 1984 quand je travaillais chez CBS/Epic. La plupart des fans détestent cet album, le trouvant trop FM mais c’est un tort car il contient des petites perles comme « Satisfied Man », « Backstabber » ou « Stone In Your Heart ».

 

Mais revenons aux concerts de MH dans notre beau pays. Après l’Empire donc, je les ai revus à l’Élysée Montmartre en 1990 pour le Lightning Strikes Twice Tour. Le groupe venait de quitter Epic suite aux scores très moyens de « The Deed Is Done » (malgré mes efforts pour le pousser en France, non je rigole !) et avait signé chez Capitol mais pas pour bien longtemps. Danny Joe Brown était de nouveau au poste de vocaliste mais Dave Hlubek était parti pour cause d’addiction à diverses substances. C’est Bobby Ingram du Danny Joe Brown Band qui l’avait remplacé et c’est là que les ennuis ont commencé pour les membres originaux de Molly Hatchet puisque Bobby s’est très vite approprié le groupe et en est devenu le leader contesté ! Tous les membres des débuts sont partis pour ne plus jamais revenir à l’exception de Dave Hlubek qui a gardé le contact avec Bobby et s’est invité 20 ans plus tard pour donner un peu de crédibilité historique et patrimoniale tardive à la formation.

 

Quand j’ai revu MH en 2003 à l’Élysée pour la tournée du 25ème anniversaire, il n’y avait donc plus un seul membre originel du groupe mais j’avais trouvé la formation de Bobby tout à fait à la hauteur… Phil McCormack était alors un digne successeur de Danny Joe Brown qui devait malheureusement décéder 2 ans plus tard. Bobby Ingram semblait être le guitariste idéal pour MH même si on pouvait regretter l’époque des 3 guitaristes à la manœuvre… John Galvin était toujours là aux claviers, en poste depuis « No Guts, No Glory », et devenait de ce fait le membre le plus ancien du groupe et il l’est toujours aujourd’hui ! Quant au batteur Shawn Beamer il venait de rejoindre la formation sudiste et c’est toujours lui qui est derrière les fûts en 2017. Le groupe n’était plus chez une major mais continuait à sortir des albums tout à fait corrects chez SPV, label allemand, car Molly n’a jamais négligé l’Europe contrairement à la plupart des formations sudistes, exception faite de Skynyrd.

C’est au Plan de Ris-Orangis en 2009 que Molly Hatchet a posé ses fly cases pour une excellente prestation. Dave Hlubek était donc revenu mais dans un état de santé précaire et c’est essentiellement Bobby qui officiait aux guitares. Le groupe avait recruté une légende du rock sudiste en la personne de Tim Lindsey pour tenir la basse. Phil, John, Shawn étaient toujours là, fidèles au poste. Seule ombre au tableau pour cette date au Plan, le groupe refusait de signer en fin de concert autre chose que les t-shirts de la tournée en cours, rompant ainsi avec la tradition de dédicacer les anciens albums. Un peu comme s’ils voulaient faire abstraction de l’héritage du groupe et puis surtout se faire de l’argent facile sur le dos des fans en vendant leur merchandising au prix fort !

Même formation l’année suivante mais au Trabendo cette fois pour la tournée Justice avec les fantastiques Natchez en première partie… Dave Hlubek paraissait toujours plus exténué mais le groupe avait encore donné ce soir-là le meilleur de lui-même à un public parisien aux anges.

En juin 2012, c’est au Hellfest que Molly Hatchet fera une trop brève apparition sur la Mainstage. Malheureusement le public présent passera un peu à côté de cette légende sudiste et privilégiera les autres vétérans Lynyrd Skynyrd qui feront trembler Clisson quelques heures plus tard…

Et on en arrive à cette soirée de décembre 2017 pour le retour de Molly Hatchet au Trabendo dans le cadre d’une tournée de Noël en Europe. Le groupe n’a pas de nouvel album à vendre et ces concerts sont juste l’occasion de reprendre contact avec les fans européens. Dave Hlubek nous a quittés il y a peu et le groupe lui rendra hommage ce soir, omettant au passage de citer Banner Thomas, Bruce Crump, Duane Roland, DJB ou même Riff West, tous partis rejoindre le paradis (ou l’enfer) des « Southern rockers » ! Il n’y a donc définitivement plus qu’un seul guitariste au sein de MH et il faut bien avouer que c’est un peu léger notamment sur certains morceaux comme « Fall Of The Peacemakers », le « Free Bird » de Molly où les 2 voire 3 guitares se livraient d’habitude un duel sans merci… Je ne sais pas si c’est pour masquer ce manque mais le groupe joue très fort, beaucoup trop fort ce soir et les murs du Trabendo tremblent ainsi que nos oreilles. Pourquoi pousser tous les potards au max ? C’est tout bonnement ridicule et le son du concert en sera gâché toute la soirée, dommage ! Pourquoi ne pas utiliser plus les claviers de John pour rivaliser avec la guitare de Bobby ? Parce que là franchement, ce bon Mr Galvin a l’air de franchement s’ennuyer ferme et remplit le job sans grande conviction. Shawn a toujours le ventilo au maximum de sa puissance à côté de sa batterie et cet effet des cheveux hérissés tout autour de sa tête commence un peu à sentir le réchauffé et à friser le grotesque ! Comme on arrive en fin de tournée, Phil McCormack n’a plus beaucoup de voix et cela se fait cruellement sentir là où il doit pousser sa voix comme « Flirtin’ With Disaster » ou « Jukin’ City » ! C’est finalement sur Bobby et Tim que repose le show. Le guitariste sourit assez peu et semble conscient que cette formule à une guitare atteint bien vite ses limites même s’il fait beaucoup d’efforts pour combler ce manque… Tim, lui, est le plus heureux de tous, il secoue sa basse allègrement et se rapproche volontiers de Bobby pour reproduire les traditionnels mouvements synchronisés de guitares. En fait c’est Phil qui à deux reprises résumera bien les soucis de Molly Hatchet de nos jours… D’une part en insistant lourdement sur le fait que John Galvin fait partie du groupe depuis plus de 30 ans, histoire d’essayer de convaincre les sceptiques et les grincheux que ce Molly Hatchet n’est pas qu’un simple « tribute band » en 2017. D’autre part en présentant Bobby comme le leader absolu du groupe avec beaucoup de déférence comme si d’un simple claquement de doigts de celui-ci tous les autre membres actuels risquaient de se faire virer ! Bon soyons clair, le concert n’est pas mauvais en soi mais on en attend plus d’un groupe qui remplissait les stades il y a près de 40 ans et qui jouait dans la cour des Nugent, Johnny Winter, Aerosmith etc. La set-liste est bien choisie avec tous les tubes des 5 premières années du groupe mais à cette époque- là aucun des membres actuels n’étaient là et c’est quand même symptomatique que seuls deux (!) titres joués au Trabendo soient issus de la période Bobby Ingram : « Son Of The South » et « Devil’s Canyon »…

Je pense qu’on l’aura compris ce concert du Trabendo n’est pas le meilleur que j’ai vu de cette légende du « Southern Rock », loin s’en faut. Il est fort regrettable que la hache de guerre soit toujours déterrée avec le seul membre survivant du Molly Hatchet des 70’s à savoir Steve Holland qui a lancé un projet concurrent aux Etats-Unis Dreams I’ll Never See, un tribute au Molly Hatchet originel qu’il produit et dont le fils de Danny Joe Brown est le chanteur ! On se retrouve donc avec 2 « tributes » à l’heure actuelle, l’un officiel, l’autre moins mais au final c’est la crédibilité de l’héritage de Molly Hatchet qui en fait les frais et le public par la même occasion…

Je me dois de dire quelques mots sur la première partie Dezperadoz… Ce groupe allemand fondé par un ex-Sodom (!) joue du « Southern rock/country & western » de grande qualité et a su convaincre ceux qui étaient arrivés assez tôt pour le découvrir. Il semble bénéficier d’une relativement bonne notoriété outre-Rhin et sera au Wacken en 2018 quand même ! Il prépare également une nouvelle tournée qui pourrait passer par la France, à suivre donc…

Merci à Garmonbozia et à A Jeter Prom…

Olivier CARLE


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